ARRIGO SACCHI : INITIATEUR DU FOOTBALL DES ANNEES 80 ?



Cet article est composé d’extraits d’un très long article réalisé par MARIO SCONCETTI pour le magazine Allenatore et intitulé : DE SACCHI A ZEMAN, CAPELLO ET LIPPI POUR ARRIVER JUSQU'À DESCARTES ET KANT. Il m’a semblé intéressant d’en publier les extraits ayant trait à Arrigo Sacchi que je considère personnellement comme l’entraîneur ayant marqué , au travers du Milan AC , un tournant dans la tactique footbalistique Italienne puis Européenne. A chacun de juger. Le titre , ainsi que les extraits choisis , sont de la seule responsabilité du webmaster.

Je crains qu'Arrigo SACCHI ne soit pas discutable. Ou au moins autant que Kant et Sigmund Freud. Ils peuvent avoir dit des choses vraies et d’autres moins vérifiables, mais l'important , c’est qu’il n'est pas discutable qu’ils aient si profondément influencé leur propre discipline jusqu'à en devenir un point de référence constante.

SACCHI a obtenu des résultats exceptionnels. Nous savons tous ce qu'il a gagné avec le Milan; tous ne savent pas qu’il tout de suite gagné dès sa première année d’entraîneur le championnat amateurs avec Fusignano. Il a gagné le titre de champion Primavera (c'est-à-dire des garçons jusqu'à 19 ans, les pépinières des équipes professionnelles) avec Cesena en gagnant 26 matches sur 32 et 5 nuls, en marquant 82 buts et en en encaissant que 10.
Pourquoi alors a t-il été si discuté? Je crois pour beaucoup de motifs. Avant tout parce qu’il a été un innovateur. Sur le papier nous sommes tous du côté du progrès, en réalité l'homme est naturellement conservateur. Les changements sont risqués, tout ce qui ne fait pas partie de nos habitudes est un danger. Nous aimons seulement ce que nous connaissons.
Du football nous exigeons à plus forte raison des assurances. Et un de nos points de référence. Nous lui confions une partie importante de notre quotidien, de lui nous voulons des certitudes. SACCHI a par contre renversé notre manière de vivre et voir le football. Il n'a pas été facile de le suivre. Il pose un problème très pratique et presque toujours sous-estimé. Jouer les prophètes à l'époque du renseignement quotidien et global est très difficile. Si je suis au contact continu avec la pensée du maître, si je vois sur son visage grandir les signes d'un rhume puissant, si je sais qu'il aime les pop-corn ou s'il se lève la nuit pour manger en cachette du nutella, on est moins porté à le prendre au sérieux. Comme mon voisin d’à côté. Et sur notre palier il ne grandit jamais de génies. Dans le football il y a une surexposition monstrueuse et tumultueuse supportable tant que les résultats soutiennent l'image. Mais quand les résultats viennent à manquer, il reste sur le seul plat notre inévitable et pas enthousiasmante normalité. De là apparaît notre besoin de la vengeance. Faire payer au maître, à sa diversité, tout le désordre auquel il nous a contraints.

L’histoire de SACCHI
SACCHI c'est un romagnolo de Fusignano , ville voisine de Ravenne. Il étudie la comptabilité et il joue au ballon. Son père est aisé. Il a une petite usine de chaussures. Le garçon grandit avec les parfums de la province. Il est naturel et sec, veut tout de suite la Porsche, il est écartelé entre l'exigence de changer le monde et celle de se réjouir de la petite richesse du père. Il tente la seconde voie, et trouve un emploi dans l'usine des SACCHI. Il arrête de jouer au football sans que le football s'en aperçoive. Il s'engoue des nouvelles voies hollandaises.
Ainsi un jour il décide de partir et se met à arpenter l'Europe en étudiant méticuleusement le football des autres. Il s’intéresse particulièrement à l’enseignement des jeunes. SACCHI pense que le nouveau football part de là. À quatorze ans un garçon apprend tout. Il saura appliquer la zone, le hors-jeu, le pressing, la diagonale, tout, parce qu'il a l'esprit libre. À vingt-cinq il est ce qu’il a déjà appris.
Quand il revient il sait quel doit être son devoir dans la vie. SACCHI reste profondément convaincu que les expériences internationales contribuent beaucoup à former un jeune footballeur. Quand il entraîne l’équipe Primavera du Cesena il veut que le club envoie aussi souvent qu'il le peut l'équipe jouer des tournois à l'étranger. Et cette équipe grandit comme un petit chef-d’œuvre, équilibrée et mûre. Ces garçons gagneront le championnat et ils finiront tous en série À ou B.
Son idée est que l’homme compte plus que le joueur. Dans le sens que si un footballeur n'est pas un homme sérieux ce ne sera jamais un bon footballeur. Sérieux signifie être humble, être toujours disponibles à apprendre, à faire des sacrifices; respecter la fatigue jusqu'à la comprendre nécessaire et bénite; jouer plus pour les autres que pour soi; comprendre que si un partenaire n'aide pas il n’est pas aidé et que si elle ne s'aide pas l'équipe n'existera pas. Il y a enfin tout un évangile de SACCHI qui est à la base de sa méthode de travail. Traduit sur le terrain, sa pensée signifie deux entraînements par jour, quelquefois trois, dans un monde où on ne va plus au-delà de trois séances hebdomadaires plus le match amical du jeudi. Il signifie régime, étude continue des mouvements propres et de ceux des adversaires; il signifie discussion continue sur ses propres limites, sur le propre d’être poussière et sur la prédisposition infinie à le redevenir Il signifie s'anéantir dans la pensée du football enfin, plonger dans un tunnel de professionnalisme excédé, inconnu.

Quand il arrive à Milan c'est un technicien jeune de 41 ans qui n'a jamais mis les pieds en série A. Silvio Berlusconi l'accueille déjà royalement à Milan et l'entoure de grandeur. SACCHI se défend avec sa faim de gloire, son évangile d'ascète et l'astuce sèche de sa terre. Il a les yeux spirituels, le sourire fixe. Comme Brera l’écrit, il semble souvent en conjonction directe avec Dieu. Ses joueurs ne l'écoutent pas. A Franco Baresi il fait voir les films de Signorini, le libéro de Parme en série B. Il n’est pas compris, il est sous-estimé, puis commencent les défaites, la méfiance arrive. Il se sent aux prises avec un devoir plus grand que lui. Après tout qui est il ?, c’est ce qu’on se demande dans les salons milanisti et, ce qui est pire, aussi dans les vestiaires. Ainsi un jour il les prend tous à part, il ferme les portes de Milanello et crie que lui est disposé à revenir à Fusignano mais qu’eux n’ont rien gagné et qu’ils ne gagneront rien. Je ne sais pas si c’est son parler vrai ou son charisme, mais le fait est que tous les Milanais ressortent gonflé comme un ballon. Berlusconi le respecte, il recommence à croire en lui. Et quand l'équipe s’en va jouer à Vérone pour un match crucial pour la saison, donc crucial pour SACCHI, le président se met à la porte du vestiaire. À tous les joueurs qui passent tour à tour il répète la même chose: « qu'entre SACCHI et l'équipe je choisis SACCHI ». Le message passe, le Milan gagne. Il n’arrêtera plus de le faire pendant très longtemps. Et cela en dit long sur le fait que pour avoir une grande équipe il est indispensable d'avoir un grand club.

Discussion sur la méthode de SACCHI
SACCHI n'invente pas un nouveau football mais une nouvelle manière de jouer le football. Il joue en zone et sur la base naturellement du 4-4-2. Il presse les adversaires dans leur moitié de terrain, il tient sa défense au niveau de la ligne de centre. Attaquer le Milan de cette époque est difficile. Rare sont les équipes qui réussissent. L'équipe est très courte, il a une seule pointe (Virdis) et beaucoup de joueurs polyvalents (Donadoni, Evani, Gullit, Ancellottti (note du webmaster aujourd’hui entraîneur du milan ).
Sur la droite Tassotti (note du webmaster aujourd’hui entraîneur adjoint du milan ).et Colombo effectuent le marquage et se superposent pour aller centrer; sur la gauche le jeune Maldini et Evani. Baresi joue en ligne avec les défenseurs et anime le hors-jeu. Mais ce qui est spectaculaire dans la méthode SACCHI c’est la capacité de jouer de manière collective. En général le jeu collectif ne se distingue pas du fait que la balle circule entre tous les joueurs de l'équipe, mais de leur mouvement total. Pour avoir un bon jeu cohérent les joueurs d’une équipe doivent se déplacer tous ensemble et dans le même moment vers la direction dans laquelle la balle est en train d'aller. Il n'est pas facile d’y arriver. Vous verrez souvent cinq à six joueurs se déplacer, mais pas tous. Cela signifie qu’il n'y a pas d'harmonie, qu'il y a une difficulté technique ou physique.
Le Milan de SACCHI quand il se déplace ressemble à la migration d'un peuple. Les joueurs descendent et montent non seulement tous ensemble, mais en restant à la même distance l’un de l'autre à un mètre près. Beaucoup de difficulté à jouer contre une machine si développée . Ils sont nombreux les matches pendant lequel le gardien de but Galli ne touchera pas la balle. Ces Milanais gagnent sur leur terrain sans jamais perdre en déplacement et en encaissant en tout 14 buts dans la saison.
Pourtant c'est un Milan qu'il ne se déplace pas beaucoup sans ballon. Il lui manque un grand meneur de jeu, il lui manque Rijkaard qui viendra l'année suivante. Ancelotti n’a pas le registre pour ce rôle, il le fait bien, mais de manière peu ronde, assez abrupte. Berlusconi dit que le Milan a un directeur d'orchestre mais qu'il ne connaît pas la musique. Il a raison. Mais Ancelotti saura bientôt trouver à l'oreille les temps justes. Ce sera je crois le meilleur Milan de SACCHI, l'exemple le plus total de football différent, aussi parce que ce fut le Milan le moins parfait des dix ans durant lesquels il continua à dominer.
SACCHI ne vaut pas que pour ses solutions techniques ou tactiques. Sa diversité reste dans la méthode de travail, sa grande contribution au football reste dans la culture de l'engagement qu’il a introduit. Il a toujours eu un fanatisme discret pour ses théories et le besoin de susciter les provocations. Toute son histoire dans le football est une provocation. Et il est le premier technicien italien parvenu en série À sans avoir un passé de footballeur. Liedholm innovait en partant des modèles de sa mémoire de joueur; SACCHI doit inventer.

L'homme ou le schéma?
Comme tous les fondamentalistes SACCHI a peu de doutes et il est très rigide. N'importe quel changement qui lui soit proposé, il l'interprète comme une tentative pour travailler moins. Sommation n'importe quel joueur qui ne soit pas enthousiaste de ses méthodes. Van Basten, un des plus grands attaquants du monde lui demande souvent: "Mister, pourquoi tu me traite comme les autres?" Et SACCHI lui répond régulièrement: " Parce que tu es intelligent et tu ne voudrais pas de traitement différent."
En effets Van Basten est l’un des plus inquiet sous le poids de la pression. Il se retrouve assez souvent remplacé. Alors il demande: "Mister, pourquoi"?. "Parce que tu étais en train de mal jouer." "Mais autres jouaient mal aussi." "Oui, mais les autres s'appliquaient." En général SACCHI demande beaucoup à ses joueurs, probablement trop. Paolo Maldini écrit dans son livre Le football, édition Sperling & Kupfer en 1996, « que la tactique de SACCHI était "une tactique dispendieuse. Après quelques années nous n'avons plus pu continuer sur ces rythmes. »
SACCHI entendait porter la pression sur la limite de la zone de rigueur adverse. Et une fatigue énorme, continue en découlait. Beaucoup de joueurs de grande qualité l’éprouvent . d’autres doivent s'adapter aux exigences tactiques du schéma «Sacchiano ». cela fait naître une légende et une équivoque. La légende est que SACCHI adapte toujours les hommes à son schéma et jamais le schéma aux hommes qu’il a à disposition. L'équivoque est cette même légende.
En réalité son football et la zone qu’il génère donne une grande importance d'une façon générale a chaque joueur et à son imagination, mais toujours en rapport au schéma. En quelques mots, un joueur latéral gauche sur cette bande peut faire tout ce qui l’inspire. Il ne peut pas le faire dans une autre partie du terrain. Ce n'est pas un principe qui limite l'imagination. C’est un principe qui limite l'anarchie. Un joueur doit suivre son propre instinct, mais l'instinct ne peut pas être une idéologie ni une tactique. La vérité reste toujours au milieu. Ce sont les hommes qui font la réussite d'un schéma, mais un schéma doit être pour tous. Le football n'est pas un jeu qu'on puisse suivre seulement à l'instinct parce qu'on joue avec onze individus, c'est-à-dire en suivant onze instincts. On ne progresse pas hors le triomphe de l'imagination, on progresse hors la confusion auto-limitatrice. Il est clair que si tu as Maradona dans l’équipe, tu le laisses choisir à qui donner la balle dans les vingt derniers mètres. Il y n'a pas schéma où tu limites celui-ci. Et s'il y en a, c'est un schéma simplement incorrect. Pour se trouver là à ce moment-là, même Maradona doit être en mouvement (donc bien entraîné) au milieu d'une équipe en mouvement. Il est important que la fantaisie dans le football se mettre au service de qui en a moins. (…)
Si on suit seulement l'imagination, il faut aller au but tout seul et ce n'est jamais facile. C’est prendre le maximum de risques avec peu de profit. Une sottise.

L'intégrisme de Zeman
Je crois que le schématisme de SACCHI a été au moins égal et contraire au schématisme de qui a voulu le juger. Il y n'a pas de doute que dans le football d'aujourd'hui quelques techniciens aient fini par être vraiment plus avancés parce qu'extrêmement schématiques. Zdenek Zeman est le maître de la second grosse vague fondamentaliste. Zeman est le plus intégriste. Depuis toujours il rencontre les mêmes valeurs et les mêmes limites, mais il ne change pas. (….) Il est certain que Zeman plus encore que SACCHI ne distingue pas entre joueur et joueur. Autant SACCHI est verbeux Autant Zeman est indéchiffrable et silencieux. Daniele Adani, un défenseur de Correggio, titulaire au Brescia qui se retrouva pendant quatre mois au Lazio de Zeman à vingt ans raconte ne jamais avoir entendu un mot de son technicien à son égard. Quand il trouva le courage de lui avouer l'offre d'un autre club, Zeman il lui dit qu'en étant jeune et bon, il devait accepter l'offre.
Plus généralement Zeman mise sur un intégrisme total. Il croit dans un football logique qui ne peut être qu'un. Pour l’appliquer qui faut être très entraîné. Ne pas faire de différences entre les footballeurs. Tous doivent faire les mêmes choses aussi bien au niveau de la préparation que de l'exécution. Qu’ils soient grands ou petits, lourds ou agiles.
Je ne sais pas dire si c’est un avantage, je me limite à avoir des doutes. Jusqu'à aujourd'hui ce football tiré à l'extrême a donné d’excellents résultats en phase de reconstruction d'un milieu, d'un projet, sans cependant rien gagner vraiment. C’est souvent une méthode spectaculaire (il y n'a pas doute que Zeman soit un excellent producteur de football) (…).
Les limites du « Sacchismo »
Les limites du « Sacchismo » sont que tous les techniciens ne sont pas SACCHI. Etre SACCHI signifie être un technicien qui entraîne beaucoup, qui étudie beaucoup, qui exige beaucoup. Un engagement à 360 degrés qu'aucun autre technicien n'a jamais montré. Sven Goran Eriksson par exemple qui est l’un des plus anciens et des plus affirmés sur le plan européen (malgré ses seulement cinquante ans il a gagné des compétitions majeures en Suède, en Italie et au Portugal), ne fait pas le travail de SACCHI. Il est plus technicien qu'entraîneur. Fabio CAPELLO aussi. Je ne crois pas que cela signifie une chose meilleure ou pire, simplement une autre chose. Eriksson vit avec ses joueurs, il est rigoureux du point de vue technique, il ne prétend pas enseigner du point de vue existentiel. Vivre et laisser vivre. Et il autorise la discussion. Quand il arriva en Italie, il y a une quinzaine d'années Eriksson jouait exclusivement un 4-4-2 intégral élaboré en Suède sur une nette inspiration anglaise. Puis il est passé au 3-5-2 à la Sampdoria, au 4-3-3 dans la première partie de son histoire à la Lazio, pour ensuite revenir au 4-4-2. Un « Sacchista » ne l'aurait jamais fait.
Vous ne verrez jamais Zeman mettre un défenseur à la place d'un milieu de terrain ou vice versa. Un homme de côté remplacera un homme de côté; un central un central et ainsi de suite. Ils peuvent changer les hommes pas le schéma. Celui-ci pour certains est une limite. Selon Zeman c'est une force. Il est clair qu’une certaine rigidité porte toujours aux moments de frottement avec des joueurs à forte personnalité. Joueurs qui ne croient ni juste ni opportun de trop se sacrifier à l’entraînement; joueurs qui ont beaucoup besoin de motivations en match . Il est clair enfin que le football comme la vie sont faits d'individus, chacun avec ses propres lunes et ses propres particularités. Gérer des hommes signifie les connaître et tenir compte de tout ce que nous savons sur chacun d'eux. Etre dur, exigeants avec ce type de joueurs est il toujours juste? Est il surtout toujours en accord avec les intérêts du club? Alen Boksic quand il jouait avec Zeman était toujours blessé et mécontent. Le même Zeman ne cachait pas son envie de le céder. Même chose pour Van Basten, Baggio et Panucci avec SACCHI. Même chose pour Romario et Ortega avec Ranieri. Et les exemples pourraient continuer à l'infini. (…)

Différences entre jeu en zones depuis Sacchi.
Jouer la zone est maintenant très peu indicatif du comportement d'une équipe. Enormément d’équipes jouent en zone. Le problème est comment. La zone de CAPELLO n'est pas celle de SACCHI et encore moins celle de Zeman. Mais il n'est pas celle de Malesani non plus, à son tour différente de toutes les autres. Lippi a sa manière de faire la zone, avec beaucoup d'agressivité et d’attention, presque une voie italienne à la zone, avec des marquages fixes et la capacité à changer de système au cours du même match.
Qu'est-ce qui différencie une zone de l'autre? D'une façon générale la manière de faire le pressing et de chercher le hors-jeu. On peut faire le pressing à la moitié du terrain, aux trois quarts du terrain ou près de la zone de rigueur adverse. Le pressing est définit "haut" ,’’ médian’’ ou ‘bas’ selon que l’on se rapproche de la zone de rigueur des autres. Plus on est dans la moitié de terrain adverse et plus le pressing est "haut." Le pressing est naturellement plus fatiguant et coûteux en énergie quand il placé haut parce que cela signifie que toute l'équipe est appelée à le faire constamment.
Chacun tâche de ne pas prendre de but en évitant au sens littéral que l’adversaire n’entre dans notre moitié de terrain. D'autre part, si la défense est placées sur la ligne de milieu de terrain, aller au-delà d’elle sans finir hors-jeu pour l’adversaire est très difficile. En substance il s'agit d'écraser les adversaires physiquement dans leur moitié de terrain en les pressant dès qu’ils entrent en possession de la balle. Ce type de zone est très suggestif et presque impossible. C'était la zone des premiers années SACCHI, mais elle n’est maintenant plus qu'une expression romantique. Irréalisable sauf quelques minutes dans un match .
Une pression plus humaine caractérise la zone de Fabio CAPELLO. Le «il faut absolument faire » de CAPELLO succéda à l'épuisement de SACCHI. L'équipe ne supportait plus les charges de travail de ce système. CAPELLO porta le pressing plus bas et le transforma pour beaucoup de traits en forcing. Quelle est la différence? Simple. Le pressing est l'attaque simultanée de deux ou trois joueur sur le porteur de balle. Si on attaque l'adversaire avec le ballon avec un seul homme, ca s'appelle forcing. La différence est considérable et elle implique un modèle de jeu presque tout à fait différent. Faire presser un homme par un autre homme est normal. Le forcing s’est quand tous pressent avec fougue leurs propres adversaires désignés;. Presser avec deux-trois joueurs l'adversaire qui porte le ballon signifie se trouver en infériorité numérique quelque part sur une autre partie du terrain. cela signifie que si trois hommes sont dans cette zone du terrain, des hommes manqueront sur au moins deux autres zones. Et la supériorité numérique est à la base du but.
Si vous analysez chaque but attentivement vous trouverez qu'en cause directe ou indirecte il apparaît toujours un moment de supériorité numérique. Cela signifie qui si le pressing réussit, vous récupérez le ballon et commence le contre-pied collectif. Si l'adversaire passe le ballon à un partenaire, il signifie que le pressing doit se déplacer sur ce secteur mais l'équilibre du jeu pour le moment n’est plus respecté. Et si l'adversaire réussit à se libérer du pressing, l'équipe est immédiatement en grande difficulté parce qu'en infériorité numérique nette.
Cette nécessité de ne pas être dépassé fait qu’il faut recourir à la faute chaque fois qu'on est collectivement éliminé. C’est la célèbre faute tactique que voyons au moins une trentaine de fois dans chaque match

(…)
Le football selon Descartes et Kant
Le football est en tout, une science inexacte, mais de plus en plus vraie et profonde. Si aujourd'hui nous avions un Descartes qui cherchât une certitude mathématique non pas sur l'existence du football, mais sur son application correcte, il la trouverait peut-être dans la défense des espaces, vrai problème avec lequel n'importe quel schéma doit être comparer. "je joue, donc je couvre", en laissant aux autres choisir la manière de couvrir. Mais en tâchant de répondre à la question du caractère scientifique du football, je crois qu'à ce point aussi Kant donnerait une réponse affirmative. Selon ses critères, le football est science car pouvant se baser sur des jugements synthétiques à priori comme les mathématiques et la physique. Si je dis "ce football se base sur la couverture exacte des espaces", je donne en effet un jugement synthétique parce que j'ajoute quelque chose au sujet de la phrase ("ce football"), et un jugement à priori parce que fondé sur l'intuition pure de l’espace.
Le football est une science enfin à tous les effets. La science du reste n'est pas vérité mais recherche continue de la vérité. Et comme toutes les sciences, le football aussi donne souvent des résultats inexacts. (…). La grandeur du football reste donc dans son imperfection, puisse que c'est la nôtre. Le football est comme nous, il répond à nos exigences. Il n'est pas hasard que ses schémas aient toujours suivi nos évolutions sociales. Si le football à l'italienne était le football de l'après-guerre d'une nation battue condamnée à se débrouiller, le football total des Hollandais a été celui d'un nouvel humanisme. Et celui SACCHI a représenté un monde miroir, dans la sûreté et dans l'arrogance d’un Reagan, dans la victoire et dans l'amusement des forts. Comme le retour à une prudence de principe, à un choix moins émotif, plus complexe et pensé, correspond au football des années 90-2000, un peu sacré et un peu réaliste, assez dépourvu d'illusions fortes, mais décidé à aller de l’avant.